Boykid: du slam au théâtre
Une interview de Stephen Vincke
Tu te présentes en quelques mots ?
Moi, c’est Boykid. Je suis en train de monter mon premier spectacle. C’est un seul en scène, du théâtre performatif. Je suis parti du milieu du slam pour en arriver à la scène théâtrale. Ce n’était pas vraiment ma destinée car à la base j’ai fait des études de scénariste. En ce moment, je travaille sur les questions de la marche des corps et des identités de manière générale, sur l’écriture de l’intime. Mon envie, c’est de créer des représentations qui ont été marquantes pour moi en tant que personne handi et trans et de parler de l’impact de cette identité-là dans les liens avec les autres (et notamment dans les liens familiaux et la construction de soi).
Tu faisais déjà ça avec le slam ?
Oui : j’ai immédiatement commencé à écrire sur ça en montant sur scène. J’ai fini deuxième des championnats de Belgique de slam en 2024. C’est à partir de là que j’ai commencé à me dire: peut-être que je vais en faire un spectacle. J’ai bénéficié d’un accompagnement du Théâtre des Riches-Claires à Bruxelles et de la Maison des Métallos à Paris, qui a créé un dispositif qui s’appelle Les Nouveaux métallos et dont je fais partie. Ça m’a donné envie de développer une forme qui est plus théâtrale, avec des images fortes.
Tu nous expliques le cheminement de ton projet ?
À la base, je m’étais dit: je vais faire un projet que je peux jouer dans les festivals militants, parce que c’est l’expérience que j’avais avec mon collectif, Poétique Queer. On était allé en Bretagne jouer au Festival « Chez Monique ». On avait aussi fait une performance où on se faisait des injections d’hormones sur scène, etc. Des choses assez engagées. Et j’avais envie de continuer ce travail parce que je me sentais à un positionnement entre le politique, le travail culturel et le partage avec les gens. Grâce à l’accompagnement de ces deux institutions, c’est devenu un objet de théâtre et plus seulement un objet de poésie.
J’essaie de créer cette matière tout en m’amusant esthétiquement, en jouant des codes freak, parce que c’est quelque chose qui me parle. Je tente de faire de cette autofiction une œuvre où il y a quand même un personnage et un dispositif, avec le recul que permet le théâtre.
Quand tu es arrivé à la Fabrique de Théâtre, où en était ton projet ?
Quand je suis arrivé ici, j’avais déjà eu trois semaines de résidence plateau. Il y avait déjà trente pages de texte et j’avais eu l’occasion de montrer une forme courte qui combinait différents moments du spectacle à un public de professionnels. Reste le fait que quand on est porteur de projet, qu’on écrit son projet, qu’on joue son projet, qu’on met en scène son projet (et je fais aussi les vidéos du projet !), la matière, elle bouge tout le temps.
Et durant les deux semaines de résidence… ?
On en a profité pour travailler dans le studio son avec Ari Cuffini-Fabre, qui est mon créateur sonore et que je connais de l’époque où je faisais du cinéma. Il y avait aussi Isa Stragliati qui est venue mettre en place le système de patching midi. J’ai travaillé sur la scénographie avec la construction de la table qui se déplace sur le plateau et qui me sert des fois d’abri, des fois de table. On a aussi construit un astéroïde. Le passage à la Fabrique est un vrai terrain de jeu ! On peut y projeter un environnement fermé, un environnement ouvert. On peut projeter quelque chose qui va faire peur, comme une avalanche, puis quelque chose qui va protéger. Ensuite il faut faire le tri dans le texte et dans les idées…
Quelles sont les étapes suivantes ?
J’enchaîne avec deux semaines de résidence à la Maison des Métallos. Ensuite, j’ai une grosse étape cet été parce que je présente un extrait du projet à Avignon, au Théâtre du Train Bleu, dans le cadre des Rainbow Days and Night. Et ça, c’est une programmation par une boîte de production parisienne qui s’appelle la Magnanerie, que j’ai rencontrée en travaillant en France. L’objectif, là, c’est de travailler sur la longueur du spectacle et sur un extrait, un moment choisi qu’on trouve assez pertinent à montrer.
En principe, le spectacle sera créé en novembre aux Riches Claires. C’est une longue exploitation. On est sur trois semaines en novembre et je vais organiser aussi autour du projet des ateliers d’écriture, une conférence avec des personnes en situation de handicap sur le validisme et l’adaptation en « terre normée ». Comment on s’adapte pour vivre dans la société avec les normes qui nous sont imposées et quels sont les moyens, les leviers de lutte et les leviers d’intégration et de partage.
En attendant, vu que je viens du slam, je donne beaucoup d’ateliers d’écriture. Ça fait partie de mon travail avec différentes associations. Mon envie, c’est de faire pas mal de médiation autour du projet. Je pensais le projet comme un objet que j’allais présenter en parallèle de discussions. Parce que pour moi, c’est ça le théâtre.


