La fabrique de théâtre

La fabrique de théâtre

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Editos

Editos publiés dans la brochure de septembre 2022 à janvier 2023.

 

Nous pensions que les guerres ne nous concernaient plus, qu’elles étaient une affaire de contrées éloignées, de terres étrangères. Nous nous accommodions finalement plutôt bien de cette misère tantôt dissimulée sous un carton, tantôt exotique en pages « Monde » de notre revue de presse matinale. Nous étions convaincus que consommer tout et n’importe quoi, à tous moments et selon nos moindres désirs, était l’essence même du progrès, l’aboutissement de notre humanité.

Mais nous avions oublié que la Terre est un espace fini, qu’il n’y en a pas d’autre et qu’elle peut se passer de nous. Et que ce serait mieux pour elle. Comme nous avions oublié que tout se mondialise, que les responsabilités d’hier s’assument tôt ou tard, que le mépris peut être un boomerang.

Nous pensions avoir raison sur tout et voilà que tout vacille.

Et pourtant, nos artistes n’ont eu de cesse de nous mettre en garde, de tenter d’arrêter le train fou dans lequel nous avons embarqué. Léo Ferré écrivait : Il y a vingt mille ans qu’ils te rentrent dans l’œil Il y a vingt mille ans que tu ne les vois pas

La Fabrique est de ces lieux où l’on cultive l’exigence de la lucidité, où l’on tente d’imposer la lumière au cœur de nos parts d’ombre, dans les replis de nos indifférences.

Cette nouvelle saison poursuivra ce travail minutieux : débusquer nos lâchetés, ausculter nos certitudes, esquisser un avenir meilleur.

Je vous souhaite une éclairante et passionnante rentrée.

 

Députée provinciale en charge de la Culture et du Tourisme

 


 

Sur la terre, c’est un jour comme les autres, un jour exceptionnel donc. Un mois de juin sur une autoroute. Les fenêtres de la voiture sont grandes ouvertes, pas de climatisation. Dans ce vacarme assourdissant ballottées par les vents violents qui caractérisent parfois le sud, nous accomplissons les derniers kilomètres qui nous séparent des remparts de la ville d’Avignon. Une architecture offensive autant que défensive. D’un autre temps, celui de la domination par la force. On peut sentir la lourdeur et la chaleur de la pierre blanche.

Dans ma valise deux livres choisis attentivement. « Personne » de Gwenaëlle Aubry et « Hommes » d’Emmanuelle Richard. Je les lis en parallèle, l’un répondant à l’autre.

À la droite de l’appartement que nous allons occuper quelques jours, un marchand de café, à la gauche
une enseigne qui annonce fièrement « tarot créatif ». Ne jamais chercher à savoir ce que l’avenir nous réserve. Ne pas se laisser tenter, oublier la chaleur étouffante. Tracer son chemin. Boire plutôt du café. Telles sont les premières injonctions.

Vient ensuite la part de la technique. Celle qui fait du théâtre un espace à part d’un monde dans
un autre et peut accueillir les discours autant que les actes. Un espace volontairement artificiel : il n’y avait rien, il y a maintenant quelque chose qui peut advenir, qui adviendra, à heure fixe, à durée déterminée à l’avance.
Pour finir, les plannings. Comment abattre autant de travail en si peu de temps, il faut s’organiser.

Inviter, transporter, loger tous les intervenant·e·s, tous les jours différent·e·s… Dialoguer, se mettre d’accord, donner le meilleur de nous-mêmes. Rire aussi, s’emporter parfois, ne jamais tomber dans le divertir, toujours regarder vers l’horizon, le plus loin possible.

Tels sont les premiers moments du spectacle « État du Monde, les chroniques » au Théâtre des Doms, vitrine des arts de la scène de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce spectacle s’est joué du
06 au 28 juillet, tous les jours sauf quelques relâches.

Nous remercions ici toutes celles et tous ceux qui sont venu·e·s nous rejoindre sur scène pour décrypter l’état du monde, l’état de notre monde, le seul que nous avons. Définitivement.

Et maintenant, nous ouvrons une nouvelle saison théâtrale, riche en rêves et rencontres.

 

Valérie Cordy

Directrice de la Fabrique de Théâtre